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Au revoir monsieur Marko

Il est des personnes qui permettent d’avancer, de nous faire changer d’avis, de nous faire grandir. Le professeur Istvàn Marko était de celles-là. Professeur, cette qualité lui convenait parfaitement. Il ne nous faisait pas la leçon, il nous emmenait avec lui. Il nous permettait d’apprendre à chercher les réponses par nous-même dans une rigueur scientifique élevée au rang de divinité.

Bien plus que cette science qu’il adorait, il y avait sa façon de la partager. Des schémas simples sur des mots qui paraissent compliqués. Des dessins car « un chimiste ne peut pas expliquer sans dessiner ». Par-dessus tout, cette flamme l’habitait. Elle était au fond de ses yeux brillants, étincelants qui montraient à quel point il voulait que le savoir se distribue à l’infini.

J’ai eu la chance de partager un repas avec lui il y a un peu plus d’un mois. Quel moment ! Je suis encore sous le choc. Nous étions dans notre bulle sur la terrasse des Halles à L-L-N. Mon cerveau boulimique a été nourri par une discussion gastronomique sur… le climat. Inarrêtable, intarissable, passionné, voici les premiers mots qui me permettent de qualifier ces instants qui sortent de l’ordinaire.

Lorsque je l’écoutais, je voulais me joindre à son aventure, à son cheminement. Comme un disciple, se retrouver autour du philosophe, du sage, afin de faire grandir sa propre connaissance. Le tout pour permettre de faire avancer la Science, avec un s majuscule. Ce ne sont pas les résultats qui comptent, c’est la rigueur qui permet d’y arriver qui est la clef.

Ce n’est pas un climato-sceptique que j’ai rencontré, mais bien un scientifique draconien. En soi, ce n’étaient pas les résultats qui furent remis en cause, mais bien le manque de travail méticuleux sur lequel ils étaient fondés. Il affrontait ses pairs, non pour le plaisir du combat, mais parce que la Science avait été salie, fourvoyée, roulée dans la boue. C’était incompréhensible pour un chimiste droit comme lui.

Je ne peux que sourire au souvenir de nos débats, car il y ajoutait un humour fin et délicat. Pour l’anecdote, je reviens sur cette phrase qui me rend joyeux en sa mémoire. Un de ces étudiants a fait une démonstration de rébellion au sein de son auditoire en allumant un feu de charbon de bois. Il accusait le professeur d’être payé par les lobbies des énergies fossiles. Celui-ci me confia : « Mais j’aimerais bien être payé par les lobbies. Je ne demanderais pas mieux. Ce qui ne veut pas dire que j’irais dans leur sens ». Le tout illuminé par un sourire enfantin.

C’était peut-être cela sa recette. Avoir gardé son âme d’enfant. J’avais devant moi un immense professeur qui riait comme un gosse. Il me donnait l’impression d’être chercheur de trésor. Il scrutait la chimie pour y trouver des joyaux. Il estimait que tout le monde n’était pas fait pour devenir chercheur, qu’il fallait une certaine disposition intellectuelle. Une façon de penser particulière.

Ces mots me sont venus droits au cœur, car je sais pertinemment que c’est à moi qu’il les adressait. Le maître faisait passer un message. Je lui ai d’ailleurs écrit il y a une dizaine de jours pour qu’il me guide dans mon apprentissage. J’y avais attaché un CV intitulé « chercheur novice ». J’avais conclu par cette phrase : « J’espère sincèrement que vous voudrez bien me prendre sous votre aile, mon cerveau a faim. »

Je n’aurai pas de réponse. Par contre, je prends nos échanges comme héritage. Je ferai avancer la Science, je vais m’y dévouer corps et âme. Sa rigueur sera mon exemple, comme elle l’a été pour un grand nombre de ses élèves. Les brochettes sauce fine champagne que nous avons choisies tous les deux auront dorénavant un goût… chimique.

Viszontlàtàsra doktor Ùr és nagyon köszönöm mindenért.

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Nicolas

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