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Le FN aux portes du pouvoir?

D’un point de vue purement mathématique, je ne pense pas que le FN ait des chances de passer lors des prochaines élections présidentielles. Mon argumentation se fonde uniquement sur les chiffres des élections. Je ne rentre pas non plus dans le débat qui essaie de déterminer si c’est bien ou mal de voter pour le FN. Par contre, mon hypothèse ne reste valable que si le contexte actuel ne se détériore pas. Il me semble évident que si les attaques terroristes continuaient ou que l’État Islamique, par exemple, parvenait à faire entrer la France en guerre sur son territoire, cela aurait un impact réel sur le vote pour la droite radicale.

J’utilise le terme de droite radicale et non extrême, d’un point de vue purement intellectuel. Dans ce sens, je reste sur la voie tracée par Mudde qui estime que ces deux définitions se complètent. Elles ne peuvent être séparées et nous devons considérer que la seconde est un sous-groupe de la première. Cela lui permet de poser au départ les points communs de nationalisme et de nativisme pour l’ensemble de ces partis, ce qui est la définition minimale. Tandis que la maximale est une combinaison des caractéristiques fondamentales de ces partis, nativisme, autoritarisme et populisme 1.

Lors des dernières élections régionales, la France se serait fait peur avec la montée du FN en tant que « premier » parti… au premier tour. Dans un « sursaut républicain », le parti de Marine Le Pen n’a obtenu aucune région lors du deuxième tour. Ce qui me fait dire que ce n’est donc pas le premier parti de France. Il suffit de jeter un œil sur les résultats nationaux pour en être convaincu : liste Union de la Droite 40,24%, liste Union de la Gauche 28,86% et le FN 27,10%. En soi, MLP n’a pas réussi une percée historique au niveau du pays, même si c’est un score record.

Par contre, à mon sens, il faut relier ces résultats avec les performances personnelles des candidats du parti frontiste dans leurs régions respectives : Marine Le Pen 42,34 %, Marion Maréchal-Le Pen 45,22 %, Florian Philippot 36,05 % pour les trois premiers. Seule la Corse est sous la barre des 10 % pour le parti radical. Ensuite, ce sont l’Île-de-France, le Pays de la Loire et la Bretagne qui ont moins de 20 % d’électeurs FN. Sur 13 régions en métropole, 8 sont au-dessus de 30 % de voix pour le FN. Au deuxième tour, le FN gagne 800.000 électeurs par rapport au dimanche précédent.

Bien que le FN soit présent partout, nous voyons que c’est l’entreprise familiale qui attire les électeurs. Le branding fonctionne avec les Le Pen, mais ailleurs les candidats ne sortent pas réellement du lot, malgré les scores élevés. Quant aux Le Pen, ils sont presque aux portes des 50 %. Je pense même que le FN manque de candidats attrape-voix, sans histoire et charismatiques que pour continuer son ascension.

Au niveau régional, la droite remporte 7 régions, le PS 5 et les régionalistes Corses… la Corse. Observons maintenant au niveau départemental : 48 pour le PS et apparentés, 43 pour les Républicains et l’UDI, 7 pour le FN et 1 pour Divers gauche. La carte sur le site du Monde détaille ce niveau géographique. L’électorat de gauche est encore mobilisé au deuxième tour, même s’il peut paraître déçu de la politique de l’exécutif.

En analysant ces données, je reste sur mon opinion que Marine Le Pen ne sera pas Présidente à la suite des prochaines élections. À mes yeux, elle améliorera encore le score national du FN, car sa personnalité va attirer mécaniquement des électeurs. N’étant pas futurologue, je ne m’avancerai pas sur un score précis, mais certainement pas 42 %.

Même si une élection n’est pas l’autre, en reprenant les résultats du premier tour, 40 % des électeurs ne voteront jamais extrême-droite. Seulement, l’intérêt des candidats estampillés à gauche est de pouvoir s’unir pour arriver au deuxième tour et ne pas refaire le coup de Jospin. Or, c’est le grand risque qu’est en train de prendre l’exécutif de gauche. En divisant celle-ci, en faisant une politique d’austérité de droite, en s’aliénant EELV, le candidat PS risque de ne pas passer le cut.

Il reste 60 % à répartir entre la droite et le parti de Marine le Pen. C’est cette répartition qui scellera le destin du second tour. Si Sarkozy continue sur sa lancée, il fait le jeu de la droite radicale : il n’a toujours pas compris que plus il ira vers celle-ci, plus c’est MLP qui gagnera des électeurs. À ce titre, l’ancien Président devrait lire les travaux d’Arzheimer 2, cela lui facilitera la tâche pour préparer son éventuel retour. Sauf si, évidemment, en faisant tout pour la placer au second tour, il est certain que c’est lui qui sera face à elle…

À sa place, je ne me lancerais pas dans cette tactique. Si la France « bleu marine » approche les 35 %, il restera 25 %, son score de 2012, à partager parmi les partis de droite, or au premier tour, il n’y a pas que les Républicains. Au même titre, je déconseille au PS d’être certain d’arriver au second tour, car ils n’ont « que » 40 % d’électorat de gauche pour le premier tour dans lequel Hollande avait récupéré 28 %.

Dans la configuration actuelle, j’imagine très bien Marine Le Pen au second tour, peut-être même qu’elle serait en tête à l’issue du premier. Surtout, si les deux formations principales font le pari de tomber sur elle pour pouvoir la battre. C’est un pari très risqué, car même si je n’y crois pas du tout, la seule possibilité de victoire du FN serait de gagner… dès le premier tour. Ce qui voudrait dire que le FN passe de +-30 % à plus de 50 %. Ce scénario du FN au second tour serait invalidé si Juppé gagne les Primaires républicaines. Dans ce cas, je mise sur un second tour traditionnel gauche VS droite. 3

Au vu de ce que j’appellerais le désamour des Français envers leurs élus, un retour vers de la grandeur et du sens des responsabilités doit être le choix de ces mêmes élus s’ils ne veulent pas revivre l’expérience de 2002 : faire de la politique de gauche pour les élus PS et préparer les prochaines élections avec un candidat rassembleur de centre droit pour les Républicains et ainsi, réellement, faire barrage au FN. Les cartes sont dans les mains des dirigeants Français, nous verrons ce qu’ils en font.

  1. MUDDE, Cas, « The War of Words: Defining the Extreme Right Party Family » in West
    European Politics 19.2 (1996): 225-248.
  2. ARZHEIMER, Kai, « Contextual Factors and the Extreme Right Vote in Western Europe,
    1980–2002 » dans American Journal of Political Science, Vol. 53, No. 2, April 2009, p. 259-275.
  3. J’avoue que je trouverais intéressant que DSK revienne aux avant-plans, même si c’est presqu’aussi improbable que MLP présidente.
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Nicolas

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